Clarisse Albrecht

Mulata Universal

La musique, un choix ou une évidence ?

Je me suis toujours intéressée à bien d’autres choses, l’Écriture, par exemple. Enfant, adolescente, je lisais et j’écrivais beaucoup. Des histoires, des rimes, puis de poèmes en chansons, ça a fini par devenir de la Musique.

Je filmais beaucoup aussi, avec un énorme caméscope VHS. J’ai fait des études de Cinéma à La Sorbonne. Ça me plaisait alors je me disais que je pourrais devenir réalisatrice de clips. J’aime tellement le cinéma, les images, les histoires. Mais je n’étais jamais « conforme » avec moi-même quand je m’éloignais de la musique.

L’envie de chanter, d’écrire des chansons, de partager à travers la musique, me titillait, ça me rendait physiquement malade de ne pas en faire. Je me réveillais, une boule au ventre avec une voix qui me disait: « Tu ne fais pas de musique, tu ne fais pas de musique! », comme une réponse à ma gêne.

Je me confiais par écrit à une amie il y a peu, et j’ai trouvé les mots exacts pour l’expliquer : « La Musique me dévie de tout! ». Malgré toutes les voies par lesquelles j’aurais pu m’exprimer, malgré toutes les autres opportunités que j’aurais pu saisir, je devais faire de la Musique.

Plus qu’un choix, c’était une obligation.

Music, a choice or an obvious fact ?

I’ve always been interested by many other things, the Writing for example. During my childhood, during my teens I used to read and write a lot. Stories, rhymes, then from poetry to songs, it eventually became Music.

I used to film a lot also, with a big VHS camcorder. I studied Cinema at La Sorbonne. I liked it a lot, so I started thinking I could become a music-video director. I loved Cinema so much, images, stories. But I was never according to myself when I was stepping away from music.

The will to sing, to write songs and share through music was always « itching » me, it was physically making me sick not to dedicate myself to it. I used to wake up with a knot in the stomach and a voice inside repeating « You’re not making Music! You’re not making Music! », like an explanation of my discomfort.

I was writing to a friend not so long ago and I found the exact way to explain how it is : « Music distracts me from everything! ». Despite all the ways I could have used to express myself, despite all the opportunities I could have seized, I had to make music above all.

More than a choice, it was an obligation.

 Franco-camerounaise, tu vis en République Dominicaine. À quel moment te sens chez toi ?  Où est ton chez toi , comment tu te définis ?

Enfant, j’ai vécu dans d’autres pays, j’ai appris à partir, à vivre avec la nostalgie de ces endroits, de ce que j’y ai vécu, de ce que j’y ai laissé. C’est certainement cette enfance qui a fait que je n’ai jamais pu me visualiser dans un endroit de façon définitive. Il y a certains endroits d’où j’ai du mal à partir, où j’ai envie de retourner mais je n’imagine que du temporaire.

On m’a donné un surnom sur mesure : Mulata Universal (métisse universelle).

J’ai l’habitude de venir d’ailleurs, d’être différente, alors je ne souffre que peu du changement. Je m’adapte facilement à un endroit en me laissant charmer, en y créant une sorte de routine. Mon chez moi, géographiquement, c’est là où j’habite; avec ma fille, ma belle-fille, mon compagnon, à Sosúa, en République Dominicaine.

Pour l’instant. Je pense avoir plein de chez moi potentiels, en suspens. 

French and Cameroonian, you live in the Dominican Republic. When do you feel home, where is your home, how do you define yourself ?

As a child, I lived in other countries. I’ve learned to leave, to live with the nostalgia of those places, what I lived there, what I left there. This childhood is probably the reason I could never pictured myself somewhere definitely.

There’s places I have hard time to leave, where I want to go back, but I only imagine temporary things.

I’ve been given the perfect nickname « Mulata Universal ». I’m used to be from a different place, to be different so I don’t suffer much from change. I adapt myself quite easily to a place, by letting it seduce me and creating myself a routine.

My place is geographically where I live, with my daughter, my step-daughter and my partner, in Sosúa, in the north coast of the Dominican Republic. Our home.

For now. I think I have plenty of potential homes pending.

Femme, artiste, mère, réalisatrice, model …. Boulimie ? Une urgence de vivre ?

C’est plutôt l’envie de prendre le temps de tout vivre.

Nous vivons plus longtemps, nous sommes jeunes plus longtemps et il y moins de carcans; on ne doit plus forcément choisir, on peut tout expérimenter beaucoup plus de choses.

Il faut être organisée, déterminée et lucide.

Il y a toujours le risque de se perdre, mais je ne vois pas de raison de ne pas tenter.

Je veux vivre avec le moins de « j’aurais dû » possibles, sans vocation frustrée.

Woman, Artist, Mother, model… Uncontrollable urge to live ? Hunger for life ?

It’s more about taking the time to live everything.

We live longer, we’re young longer and there’s less restrictions; we don’t have to take a final decision, we can experiment way more things.

You have to be organized, driven and clear.

There’s always the risk to loose yourself but I don’t see any reason not to try. I want to live with the less « I should have » possible.

Ta plus grande fierté, accomplissement ?

Je n’échappe pas au classique de la mère : mon plus grand accomplissement, même si l’aventure est loin d’être terminée, c’est ma fille!

Ma belle-fille aussi. Elle a perdu sa mère jeune et je prends mon rôle de belle-mère à cœur. Par amour, mais aussi par solidarité féminine, envers elle, envers sa mère. Je l’élève depuis qu’elle a 8-9 ans, elle en a 17 aujourd’hui. Je suis fière de contribuer à en faire une jeune femme autonome, courageuse et forte. Ce n’est pas facile de tout concilier, de ne rien sacrifier.

J’ai d’autres choses qui me rendent fière, mais, ma fierté profonde c’est celle-là; des enfants heureux et épanouis, même si ce n’est qu’à la petite échelle de ma famille, c’est fort, c’est perpétuel, c’est humain.

À côté de ça, je suis ravie de savoir que ma musique accompagne de beaux moments, participe à de beaux souvenirs, apporte quelque chose d’agréable à quelqu’un. Ravie qu’on puisse compter sur moi à différentes échelles, de différente façons. Beaucoup de petites fiertés, plutôt que de grands accomplissements.

 Un message à ta fille quand elle aura 20 ans ?

J’imagine que d’ici une quinzaine d’années j’aurais à lui apprendre des choses que je ne sais pas encore. Aujourd’hui, je lui dirais : « Fonce tranquillement, prends ton temps mais ne le perd pas. Sois efficace ».

Your greatest pride, achievement ?

Mine is no exception to the other mothers : my greatest achievement, although there’s still a long way to go, is my daughter! My step-daughter too. She lost her mother very young and I take my step-mother’s role to heart. For love, but also in the name of sisterhood, for her, for her mother. I’ve been raising her since she’s around 8-9 years old, she’s now 17. I’m proud being part of making her an empowered woman, strong and brave.

It’s not easy to reconcile everything, to sacrifice nothing. There’s other things that I’m proud of, but this is my deep pride; happy and fulfilled kids, even just to the small scale of my family, it’s powerful, it’s constant, it’s human.

I obviously love to know that my music is heard and goes along beautiful moments, is part of beautiful memories, brings something positive to somebody’s life.

I’m proud people can count on me on different scales, different ways.

Plenty of little prides better than a great achievement.

A message to your daughter when she’ll turn 20.

I guess in 15 years I’ll teach her things I haven’t learn yet.

This present day, I will tell her : « Rush quietly, take your time but don’t waste it. Be efficient ».

Ton parcours de femme entrepreneure, pourquoi cette voie, comment le vis tu ?

Si tu peux le faire toi-même, fais-le toi même.

Je ne me sens pas entrepreneure, plutôt free-lance. J’ai un côté un peu geek, très autodidacte. Je peux passer des heures à apprendre à utiliser un logiciel ou à étudier un sujet.

Pour la musique, j’ai commencé en bricolant des démos avec Cubase, en bouclant des samples avec quelques accords pour donner une idée de l’ambiance que je voulais pour une chanson. Je n’étais pas contre le fait de rejoindre un label mais je ne voulais pas attendre d’en trouver un. Je travaille la musique avec un ami de longue date. Nous fonctionnons en co-production mais je reste la responsable du projet.

J’ai appris à me servir de Photoshop, de différents logiciels de montage, à faire un site internet, un dossier de presse, à contacter les DJs, les radios et les médias moi-même. Nous avons sorti un single, puis un deuxième, un troisième, et enfin l’album.

J’avance, en avisant selon ce qui se présente, selon l’ampleur que prend ma vision. J’utilise aujourd’hui ce que j’ai appris pour le mettre au service d’autres artistes et entreprises, en free-lance. Je le vis bien, j’aime être indépendante.

C’est difficile, c’est aléatoire, c’est fatiguant mais je suis libre.

Je trouve mon équilibre en travaillant sur d’autres projets en équipe; je gère un service de production audiovisuelle avec mon compagnon et un ami associé : Too Caribbean. J’ai co-écrit un scénario pour un long métrage pour lequel je serais également productrice associée. Je me suis lancée dans l’écriture de deux autres scénarios. C’est mon nouveau défi.

J’aime aussi participer à des projets artistiques dont je ne suis pas le centre, ça me permet de rencontrer de nouvelles personnes, de nouveaux univers et découvrir une autre façon de faire. Ça me plaît aussi de travailler pour d’autres artistes; observer, écouter, exécuter.

Être le vecteur d’une autre vision que la mienne, c’est un challenge enrichissant.

Your path as a woman entrepreneur, why this way, how do you live it ?

If  you can do it by yourself, do it yourself.

I don’t feel I’m an entrepreneur. I’m more of a free-lance. I’m a bit of a geek, very selftaught.

I can spend hours learning how to use a software or study a subject.

With the music, I starting making demos with Cubase, looping samples and playing basic chords to give the idea of the vibe I wanted for a song. I wasn’t against the idea of signing with a record label but I didn’t wanted to wait to find one. I work on my music with a long time friend. We work in co-production but I’m still the one in charge for  the project.

I’ve learned how to use Photoshop, different editing softwares, make a website, a press-kit, contact DJs, radios and medias myself. We released a first single, then a second, then a third, then the album.

I move forward and make decisions according what comes along or how I extend my vision.

Today, I use what I’ve learned for other artists and small companies, as a free-lance. I like it, I like being independent. I find my balance by team working on other projects; I’m the office manager of a production company with my partner and a friend : Too Caribbean.

I cowrote a script for a feature film for which I’ll be associate producer. I’ve also dashed myself into the writing of two other scripts. That’s my new challenge.

I enjoy being  part of other artistic projects in which I’m not the main character, it allows me to meet new people, new worlds and discover another way to do things.

I like working with other artists ; watching, listening, executing.

Being the medium to another vision that mine, is very rewarding

Quelles trace veux-tu laisser de ton passage  sur terre ?

Des jolies choses, fortes et intemporelles.

Des messages assez puissants pour ouvrir les yeux vers de nouvelles perspectives.

 

Pictures courtesy of Ivan Herrera

Propos recueillis par Stevy Mahy

What are the impresses you want to leave on earth ?

Pretty things, strong and timeless. Messages enough powerful to open your mind on new perspectives

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